Place à la femme noire en ce dimanche 5 avril à Bondy !! L'organisation panafricaine SHOMARI, structure partenaire du Festival KHEPERANKH-STREET, rend hommage ce week-end à la femme africaine dans le cadre d'une journée qui lui est spécialement dédiée !! De Kemet (Egypte antique) à nos jours, SHOMARI nous invite à explorer le vaste univers de la femme africaine à travers son esthétique, son histoire et les rôles qu'elle a occupés dans les diverses sociétés africaines ainsi que son devenir, elle qui est appelée à reprendre les rênes du Monde Noir afin que celui-ci puisse renaître. Dans le cadre d'une interview réalisée par le Festival KHEPERANKH-STREET, l'organisation panafricaine SHOMARI nous fait part de ses motivations pour la mise de cette toute nouvelle initiative. Une initiative appréciée de tous car le public s'est massivement déplacé pour assister à ce moment mémorable. Mais par les personnalités présentes ce jour, notamment Joby Valente du COFFAD (COllectif des Filles et Fils d'Africains Déportés), Jean-Philippe OMOTUNDE, historien de l'Institut AFRICAMAÂT, structure également partenaire du Festival KHEPERANKH-STREET, et Naghmey, chanteuse-slameuse et activiste mais également artiste-intervenante à plusieurs reprises dans le cadre de l'école Hip-hop artistique et culturelle panafricaine KHEPERANKH-STREET. Le Festival KHEPERANKH-STREET, porté par Max-Laure BOURJOLLY, figure incontournable de la scène Hip-hop en France, et son équipe de femmes activistes pour la culture urbaine et la culture ancestrale en direction de la jeune génération, ne pouvait être que présent à cette journée au sein de laquelle il a littéralement enflammé le public par une prestation exceptionnelle. Il a aussi rencontré toutes ses personnalités-intervenantes afin qu'elles puissent nous faire part de leurs impressions sur cette journée qui sera amenée à devenir un rendez-vous annuel pour la femme africaine.
Yves MUNGUAMA : Hotep !
Festival KHEPERANKH-STREET : Donc, d'où vous est venue l'idée de créer une journée pour la femme africaine ? Quelles sont les motivations qui vous ont amenées à donner vie à cette journée pour la femme africaine ?
Yves MUNGUAMA : On a constaté que dans chaque réunion qu'on fait, chaque conférence dans tous les trucs qu'on fait, qu'on organise, il n'y a pas assez des s½urs dans ce combat. Donc on s'est dit : « Pourquoi pas mettre en place une journée pour les s½urs où on pourrait justement valoriser l'histoire de nos ancêtres, de nos mamans, de nos s½urs, pour donner, pour apporter des valeurs à nos s½urs et montrer des modèles comme des reines, comme la reine Ana Nzinga, la prophétesse Kimpa Vita et des s½urs comme la mulâtresse Solitude qui ont tant porté dans notre histoire pour donner des modèles à nos s½urs et faire en sorte que ces s½urs puissent, elles aussi, participer à ce combat ? ». Car ce combat est commun à nous tous, on a tous intérêt justement à agir par rapport au développement de l'Afrique, par rapport à la crise actuellement qui est en Afrique et les s½urs ont une grande part de responsabilité aussi, comme nous autres les frères, pour le développement de l'Afrique. Donc, c'est ça qui nous a motivé à mettre en place cette journée pour la femme.
F.K.A.S : Et quel est le message que l'organisation panafricaine SHOMARI souhaite faire véhiculer par cette action ? Donc que doit retenir une femme africaine au sortir de cette journée ?
Y.M. : Nos s½urs ont tant apporté dans notre histoire, nos ancêtres ont tant apporté dans notre histoire et nos s½urs sont capables aujourd'hui d'apporter énormément pour le développement de l'Afrique. Et, il y a aussi une conférence sur le décapage de la peau pendant cette journée. Et c'est important que les s½urs sachent, et même les frères qui seront là puisque le décapage de la peau concerne pas seulement les s½urs, mais qu'elles sachent que les produits qu'on met comme MGC ect... sont des produits qui sont dangereux pour notre santé car il y a des ingrédients comme la cortisone et l'hydroquinone qui causent l'hypertension, le diabète, les problèmes osseux, la stérilité ect... Et on n'a pas l'habitude d'avoir des journées où on peut mettre en place des conférences sur le décapage de la peau. Donc cette journée est importante pour nos s½urs parce qu'elles pourront savoir que certains produits sont dangereux pour notre santé et qu'il est important aujourd'hui d'interdire ces produits et de boycotter ces produits. Donc, c'est l'une des raisons pour laquelle on met en place cette journée. Et, il faut aussi qu'elles puissent avoir des repères, des connaissances par rapport à notre histoire parce que ce sont les futures mères de notre nation et ce sont nos s½urs, nos femmes, futures femmes qui vont éduquer nos enfants à la maison. Et, c'est pourquoi il est intéressant d'avoir des connaissances par rapport à notre histoire pour pouvoir enseigner ces connaissances à nos futurs enfants.
F.K.A.S : En regardant le programme que vous proposez pour la journée, vous y proposez trois temps forts, à savoir l'histoire de la femme africaine, le cheveu africain et le devenir de la femme africaine. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce choix ?
Y.M : Tu peux répéter la question ? Je n'ai pas compris !
FKAS : Je répète la question. Donc, quand on regarde le programme que vous proposez pour la journée, on y voit trois temps forts, à savoir l'histoire de la femme africaine, le cheveu africain et le devenir de la femme africaine, donc la femme africaine dans le futur. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce choix ?
Y.M : Ce choix, il y a vraiment l'histoire, c'est le passé ! L'histoire, c'est aussi un éternel recommencement. Donc, ce qui s'est passé avant, ce qui se passe aujourd'hui, c'est une continuité de notre passé. C'est pourquoi on a commencé par le passé pour donner des repères à nos s½urs et leur montrer des exemples comme la reine Ana Nzinga ect... qui s'est battue pendant le début de l'esclavage au royaume d'Angola contre les esclavagistes au royaume d'Angola. Ensuite, on parle en fait du décapage de la peau et des coiffures pour montrer que les coiffures qu'on a aujourd'hui, qu'on fait aujourd'hui, ce ne sont pas des coiffures qu'on a inventé, qui sortent de nulle part mais qui ont un lien avec l'histoire. Et, quand on voit par exemple les iconographies sous l'empire d'Egypte pharaonique, on retrouve certaines coiffures qu'on a aujourd'hui. Lorsqu'on voit les coiffures qu'il y avait, qui existaient à l'époque en Ethiopie ou dans tout le reste de l'Afrique, on retrouve encore ces coiffures au sein de la diaspora africaine en France, aux Antilles et c'est ce qui montre un peu l'unité culturelle de l'Afrique à travers les coiffures. Donc c'est pour montrer justement cette unité culturelle africaine, comme on sait aujourd'hui qu'il y a une véritable division entre les descendants d'Africains aux Antilles, ici en Europe ou en Amérique du Nord. Et nos coiffures, la musique montrent cette unité culturelle et c'est pourquoi on en parle. Ensuite, il y a ......
FKAS : le devenir de la femme africaine.
Y.M. : Oui, le devenir de la femme africaine ! Parce que la femme africaine, avec ce qu'on vit actuellement aujourd'hui, quand on voit par exemple les viols au Congo, la province congolaise du Kivu, dans la province soudanaise du Darfour ou ailleurs, à chaque fois qu'on attaque l'Afrique, c'est la femme qui est prise comme cible. Que ce soit pendant l'esclavage, la colonisation, ou par l'esclavage et la colonisation, on violait les femmes ou on passait par les femmes pour détruire l'Afrique et les hommes. Et, comme on sait que la femme, c'est elle qui donne la vie, c'est elle qui donne la création, donc on passe toujours par la femme pour la détruire. Et nous, notre but aujourd'hui, c'est de faire prendre conscience aux femmes le rôle qu'elles ont pour le devenir de l'Afrique et ça passe aussi par cette journée, par l'échange, par des projets qu'on peut mettre en place pour demain puisque le but, c'est pas seulement de parler entre nous, qu'il y ait seulement des théories mais qu'il y ait aussi le pratique. Et c'est pourquoi on va proposer des choses à nos s½urs, à nos frères pour qu'ensemble on puisse mettre en place des lignes directrices de notre comportement et travailler sur d'autres choses qu'on pourrait faire ensemble pour que, nous les hommes, on change notre comportement par rapport aux femmes et que les femmes changent leur comportement par rapport à nous, leurs frères. Et qu'elles puissent agir pour le développement de l'Afrique.
FKAS : Et donc la journée de la femme africaine, qui aura lieu donc dans deux jours maintenant, sera-t-elle suivie d'autres éditions les années suivantes ?
Y.M : Le but, c'est qu'on puisse mettre cette journée tous les jours en fait, à chaque année sur Paris et dans d'autres villes en Afrique, aux Antilles ect... On ne doit pas s'arrêter sur cette journée en disant que : « Bon, on met en place cette journée et on va bien se comporter pendant une journée, on va échanger pendant une journée, on va montrer qu'on apprécie les s½urs, que les s½urs apprécient les frères. ». Et que, par la suite, ce comportement, on ne l'aura pas au quotidien. Donc, le but de cette journée, c'est faire comprendre qu'il est impératif aujourd'hui qu'on puisse changer notre comportement au quotidien par rapport à nos s½urs et que les s½urs aussi aient un comportement au quotidien par rapport aux frères et qu'on puisse institutionnaliser cette journée puisqu'on sait que la journée sur la femme européenne, c'est le 8 mars si je ne me trompe pas. Et ce qui est bien, ce qui est intéressant, c'est qu'on puisse mettre en place cette journée au moins une fois par an sur Paris et ailleurs. Mais, que ce soit une journée où on compte vraiment à ce que les femmes ont apporté dans notre histoire et ce qu'elles peuvent apporter aujourd'hui pour le devenir de l'Afrique.
FKAS : Donc vous souhaitez faire institutionnaliser cette journée pour le 5 avril ? Chaque année pour toutes les années suivantes ?
Y.M : Là, pour l'instant le 5 avril, c'était une date qu'on a choisie par rapport à la salle, par rapport à d'autres choses. Mais, pour la prochaine fois, on va choisir la date par rapport à une date symbolique qui a un lien avec notre histoire, que ce soit par exemple la naissance d'une reine africaine, soit à une date qui a vraiment une signification et qu'on va mettre en place chaque fois par an. Donc, cette date pour l'instant, elle n'a pas de lien avec l'histoire. Mais, la prochaine date qu'on aura choisie pour l'année prochaine, elle aura une signification par rapport à notre histoire et par rapport à l'histoire de la femme africaine.
FKAS : Et est-ce -que vous avez déjà des idées sur cette date ?
Y.M : Pour l'instant, on ne va pas communiquer sur cette date. Mais, le moment venu, on va communiquer sur la date et il y aura une énorme communication sur cette date et on expliquera pourquoi en fait on aura choisi la date.
F.KAS : Ok, donc pour conclure, avez-vous un petit message à faire passer à la femme africaine ?
Y.M : De toute façon, le message, je pense qu'il a été clair depuis le début. Donc, c'est que les femmes africaines fassent des recherches par rapport à leur histoire, qu'elles prennent connaissance de ce que leurs ancêtres, nos ancêtres ont apporté pendant l'histoire et ce que les femmes continuent à faire aujourd'hui pour justement le devenir de l'Afrique car on parle souvent des hommes. Mais on dit à chaque fois que derrière chaque grand homme, se cache une grande femme. Si les LUMUMBA et SANKARA, les KWAME NKRUMAH et LES MARCUS GARVEY ont pu être aussi présents, apporté autant aux nôtres, c'est aussi parce que leurs femmes ont énormément apporté, c'est qu'elles ont apporté au quotidien pour que ces frères aussi mènent ce combat. Et il faut aujourd'hui que les femmes africaines prennent conscience que le combat qu'on met en place, qu'on est en train de faire aujourd'hui, c'est un combat qui est important pour toute une génération et pour aussi pour nos enfants et nos petits-enfants. Et, nos enfants et nos petits-enfants, on ne les fera pas avec d'autres femmes. On les fera avec nos femmes africaines et c'est pourquoi si nos femmes veulent qu'on puisse continuer à créer, qu'on puisse s'assurer notre descendance, il faut qu'elles prennent conscience que ce combat est un combat noble et qu'elles ont aussi une grande part à jouer. Même je dirais mieux, je ne veux pas mettre nos s½urs en avant, nos frères en avant, mais sans eux en tout cas, le combat n'avancerait pas. Elles ont une grande place dans ce combat et il y a des choses aussi qu'il faut qu'elles changent, par exemple on ne peut plus accepter que nos s½urs, nos frères se décapent la peau et nos s½urs, aujourd'hui, peuvent en tout cas, par leur beauté, mettre la pression à nos frères, refuser de sortir avec les frères qui se décapent la peau et je pense que ça va changer beaucoup de mentalité. Ça va beaucoup changer les choses par rapport à nos frères qui se décapent la peau ! Et il faut aussi aujourd'hui qu'on puisse établir ensemble un critère sur la femme africaine.
Qu'est-ce qu'on pense de la femme africaine ? Quel est le critère par exemple défini qu'une femme est belle? Est-ce qu'une femme est belle lorsqu'elle se décape la peau ? Est-ce-qu' une femme est belle lorsqu'elle met des faux cheveux ? Ou est-ce qu'une femme africaine est belle lorsqu'elle est naturelle ? Donc, c'est une question qu'il faut se poser et on se les posera justement à travers cette journée à partir des informations qu'on aura, à partir des échanges qu'on aura avec nos s½urs. Donc, il y a des tas de choses qu'il faut qu'on voit mais on ne peut pas, comment dire, se poser des questions en tant que frères. Il faut aussi que nos s½urs se posent des questions et qu'on puisse ensemble échanger pour trouver des solutions à ces questions. Merci, Hotep !
F.KAS : Hotep
NEFERMANTATA-SESHAT